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Peintre : Jani Uncategorized

Le voyage intérieur

C’est peut-être pour cette raison quelle organise soudainement de véritables feux de joie avec certaines toiles jugées inutiles, car elle refuse de s’installer dans son art comme dans une prison.

A-t-elle alors le sentiment de se détacher des biens de ce monde, de se libérer, de renaître de ces cendres? Il est vrai que son moral en dents de scie la fait passer de l’humilité la plus complète à la prétention ia plus absolue. La minute de vérité, c’est cet instant critique où elle juge sa toile d’un œil froid, après l’avoir retournée quelque temps contre le mur.
Dans son atelier blanc et nu. où rien ne retient le regard, sinon une multitude de tubes de peinture posés sur un tréteau et qui baignent dans la lumière crue, Jani. la couleur au creux de la main poursuit chaque jour son voyage intérieur.

A la conquête d’un ailleurs

Enfermés dans l’univers clos d’un coquillage, d’un nid. d’une barque ou d’un canard, survolant un paysage de collines douces, ses personnages statiques, dans cette position assise qui est l’image même de la paix intérieure, le regard chargé de rêves, restent au coude à coude, comme dans le noyau familial: le père, la mère, vraisemblablement les enfants, se détachent de la terre pour voguer vers quelque ailleurs.
C’est sur le regard que l’artiste met tout l’accent, toute la vie. N’est-il pas une forme d’éternité, ne renferme-t-il pas la question que chacun se pose? Car pour Jani la peinture n’est pas le résultat d’une impulsion, mais le reflet, l’aboutissement de la pensée, une chose quelle construit et à laquelle elle donne vie. Une façon de découvrir et de faire découvrir aux autres qu’au-delà des apparences les choses existent autrement, que l’irréel est parfois réel. Un surréalisme naïf, prétendent ceux qui ne peuvent s’empêcher d’étiqueter les artistes.
Dans ces décors irréels où la pâte est aussi légère que dans une aquarelle, c’est toute une symphonie de tons pastels où l’on retrouve des fleurs, des arbres, des villages miniatures, des emblèmes musicaux.

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Le sens de la fête

Mais Jani est une femme organisée. Si elle accomplit aujourd’hui les mille besognes ingrates qui incombent à toutes les maîtresses de maison, elle consacre chaque jour sept ou huit heures à sa peinture.

Le soir, elle retrouve son mari, son fils, ses chats et ses amis. Et c’est la fête. Une fête quelle réinvente quotidiennement. Pour eux et avec eux, elle retrouve les beaux flamencos quelle scande de sa voix rauque en s’accompagnant à la guitare. A tous, elle offre ses rires, ses yeux malicieux et son visage de nomade à moitié caché par la longue coulée noire de ses cheveux. Elle improvise alors des soirées loufoques, pleines de chants, d’échanges humains, de chaleur.
C’est ainsi que Jani lutte chaque jour, à sa manière, contre la médiocrité, contre ses prisons, contre J’engourdissement de la personne et de la pensée, afin de s’extirper de la pesanteur matérielle, d’éviter que les choses ne meurent. Se réanimer et réanimer peut-être dans le même temps ceux qui l’entourent.
Obsédée par l’extraordinaire aventure du couple, avec ce que ce mot implique d’équilibre, d’échanges, d’atelier de mandala à Namur, d’aide mutuelle, de vigilance discrète, elle n’en demeure pas moins consciente de la difficulté d’aimer.

La pauvreté ou la vraie richesse

Assise à croupetons sur un tapis de laine, près de la cheminée qui descend du ciel et s’ouvre sur un feu de bois, Jani nourrit ses rêves… Trente-trois tours de musique typique, imprégnée d’une poésie que traduit admirablement l’Argentin Atahualpa Yupankui sur sa guitare ou Villayat Khan sur sa cithare indienne. A ces rythmes font écho les tapisseries bariolées rapportées d’un récent voyage en Inde et qui courent autour des murs, tandis que les flamencos vibrent à travers le grand miroir d’ébène incrusté de nacre.
Dans ce décor feutré, où laine et fourrure créent une ambiance douillette, Jani rêve de voyages… De l’Espagne qui la fit rouler, voici quatre ans, sur des routes cahoteuses, traînant avec elle son mari, son bambin et ses deux chats, pour découvrir à Madrid des danseuses de flamenco quelle peignit, nuit et jour, à coups de brosse sur sa toile vierge. Puis l’Inde, ce fabuleux pays où le merveilleux côtoie le sordide, où les contrastes se prolongent jusque dans les paysages et dans leurs couleurs, où les valeurs sont autres. De ses contacts avec les gens de la rue, avec les pèlerins, elle parle avec émotion. Mais elle revit plus intensément encore sa longue marche vers l’Himalaya, faite dans des conditions pénibles, pour rencontrer le dalaï-lama. Celui-ci la confirma alors dans la voie quelle s’était tracée: la porte étroite, celle qui ouvre le chemin de la liberté. Ne rien avoir pour n’être point prisonnier, n’est-ce pas la plus parfaite expression de l’homme libre, la plus grande des richesses?