Etre femme peintre en 2020 Avec Jani

L’oeuvre plastique, c’est l’état d’équivoque de ces deux valeurs, le réel et l’imaginé. Fernand Léger

Nous commençons sur ce blog une série de portraits de femmes. Des femmes hors du commun qui, chacune dans un domaine bien particulier, ont choisi l’aventure. Parmi celles-ci,
Jani, une Jeune artiste qui ne cesse de se remettre en question. Cette passion est-elle conciliable avec sa vie de femme?
Quels sont ses rêves et ses révoltes? S’intègre-t-elle dans notre société ou celle-ci l’oblige-t-elle à vivre en hors-la-loi?

Jusqu’au bout de ses passions

Des souvenirs à fleur de peau, à fleur de cœur, qui collent encore à la semelle des souliers… L’Inde, l’Espagne, le Japon, trois passions qui éclatent en taches de couleurs sur les murs blanchis à la chaux et qui résonnent sur les cordes d’une guitare.
C’est là, dans cette petite maison de Lyon toute mouillée de brume, que Jani vit, la tête dans les nuages mais les pieds bien sur terre, entre ses rêves et le «quotidiennement ordinaire», entre ses révoltes et sa sagesse, entre son travail et sa paresse, fidèle à sa famille, fidèle à son art: la peinture, qui lui a permis d’aller jusqu’au bout de ses passions.

Vivre pour et par son art

C’est à 11 ans quelle peint sa première gouache. Une nature morte un peu malhabile mais animée déjà d’un souffle poétique, et qui s’est fixée dans sa mémoire. Depuis, elle n’a cessé de se bagarrer. D’abord contre ses parents, puis avec la vie. A 15 ans, l’école des Arts appliqués de la rue Duperré l’attire, la fascine. Elle fait une fugue. C’est alors que ses parents réalisent qu’il est inutile de s’opposer à sa vocation. Elle suit donc des cours de dessin, rejetant le professorat pour la vie d’artiste. Pourtant, quelques années plus tard, elle s’interroge : son choix est-il réellement valable? La sécurité matérielle n’est-elle pas préférable à une vie de bohème, passionnante certes, mais pleine d’embûches et d’aléas?
Elle hésite longtemps, puis se lance finalement dans les affaires. Pourtant sa vie de directrice artistique d’une agence de publicité ne lui semble pas compatible avec les exigences de son art. Elle fait un compromis. Elle peint la nuit, sans pour autant être satisfaite: «J’étais alors assaillie par des images tristes, cotonneuses», explique-t-elle. En fait, elle n’avait pas le sentiment de se réaliser pleinement.
En 1966, elle abandonne sa carrière de comparateur de toilette pour perfectionner sa technique picturale, aborder une autre démarche, laquelle exige du temps, de la patience, de la recherche.

Prête pour l’aventure

Mais Jani exécute aussi des compositions plus proches de la réalité comme par exemple en effectuant des ateliers.
Femmes tibétaines drapées dans des châles aux couleurs viofentes, lé regard chargé d’angoisse ou de sérénité. Enfants au visage malingre dévoré par d’immenses yeux noirs pleins d’interrogation…
Jani parie encore de sa participation au Salon des Femmes peintres, du scandale de certains saions, de sa prochaine exposition à la galerie Jean Camion, rue des Beaux-Arts, à Paris, du problème de la diffusion de la jeune peinture, de son refus des concessions. Elle jette au passage les noms de Jérôme Bosch, Delacroix, Gauguin, Dali, qu’elle admire. Envient naturellement à la peinture naïve, à la céramique, qui n’est qu’un complément, prétend-elle, bien quelle s’affaire souvent autour du four caché dans la verdure sous une petite cabane. !
Toujours consciente des réalités, elle parle aussi de la difficulté à vivre des ouvriers, prisonniers de ta structure de notre société, de sa vie de hors- la-loi, des grandes villes qui vont la chasser à Saint-Pauî-de-Vence…
S’intégrera-t-elle dans cette petite communauté d’artistes que semble protéger toute une nuée de colombes? Mais, toujours tournée vers un ailleurs, poussant les portes, bousculant les habitudes, Jani reste prête pour l’aventure. Dans sa vie comme dans son art… un art quelle sacrifierait pourtant à sa famille…